Le périnée est souvent présenté comme un muscle qu'il faudrait simplement « contracter ».
En réalité, c'est beaucoup plus complexe.
Le périnée, ou plancher pelvien, est un ensemble de muscles situé à la base du bassin. Il participe notamment au soutien des organes pelviens, au contrôle urinaire et fécal, à la fonction sexuelle et à la stabilité de la région lombo-pelvienne.
Mais un périnée efficace n'est pas nécessairement un périnée constamment contracté.
Comme n'importe quel muscle, le plancher pelvien doit pouvoir se contracter, résister à une charge, s'adapter à un effort et se relâcher.
C'est particulièrement important pendant les mouvements qui augmentent la pression dans l'abdomen : tousser, rire, soulever une charge, sauter ou se relever.
L'entraînement spécifique des muscles du plancher pelvien est aujourd'hui l'une des prises en charge de première intention de l'incontinence urinaire chez la femme. Une revue Cochrane regroupant 31 essais et 1 817 femmes a montré que cet entraînement pouvait améliorer ou guérir les symptômes d'incontinence urinaire (1).
Mais cela ne signifie pas que toute personne doit apprendre à contracter son périnée en permanence.
L'approche développée par Bernadette de Gasquet accorde une place particulière au périnée dans l'organisation du mouvement.
Sa méthode repose notamment sur trois principes : « Péri, Expi, Grandi ».
Le périnée constitue le point de départ du placement, l'expiration accompagne le mouvement et l'auto-grandissement vise à organiser la colonne et le bassin. (2)
Cette approche insiste également sur la nécessité d'éviter certaines poussées abdominales dirigées vers le bas.
C'est une conception différente d'un simple « contractez votre périnée pendant toute la séance ».
Le Pilates sollicite le tronc et le plancher pelvien dans de nombreux exercices. Une revue systématique et méta-analyse a retrouvé des effets favorables du Pilates sur certains paramètres de la fonction des muscles du plancher pelvien (3).
Mais il faut rester prudent : le Pilates général ne remplace pas nécessairement un véritable entraînement spécifique du plancher pelvien, notamment lorsqu'une personne présente une incontinence ou un prolapsus.
La littérature montre d'ailleurs que l'entraînement spécifique du plancher pelvien reste mieux documenté que la simple respiration comme intervention thérapeutique. Une revue systématique de 2023 conclut notamment que la respiration seule est moins efficace que l'entraînement du plancher pelvien pour améliorer ses fonctions et les symptômes d'incontinence ou de prolapsus (4).
Le périnée n'est pas un muscle qu'il faut contracter en permanence.
Il doit pouvoir s'activer lorsque c'est nécessaire, accompagner les mouvements et se relâcher.
Le Pilates peut participer à cette conscience corporelle et au travail du centre, mais lorsqu'il existe une véritable dysfonction du plancher pelvien, une évaluation et un entraînement spécifique peuvent être nécessaires.
(1) Dumoulin C., Cacciari L.P., Hay-Smith E.J.C. (2018). Pelvic floor muscle training versus no treatment, or inactive control treatments, for urinary incontinence in women. Cochrane Database of Systematic Reviews.
(2) Institut de Gasquet. La méthode De Gasquet : Péri, Expi, Grandi.
(3) Lemos A. et al. (2019). The Pilates method in the function of pelvic floor muscles: Systematic review and meta-analysis. Journal of Bodywork & Movement Therapies.
(4) Bø K., Driusso P., Jorge C.H. (2023). Can you breathe yourself to a better pelvic floor? A systematic review. Neurourology and Urodynamics.