Faire un mouvement semble simple.
Marcher, lever une jambe, tourner le buste, tendre un bras…
Pourtant, chacun de ces gestes nécessite que plusieurs articulations, muscles et informations sensorielles travaillent ensemble.
C'est ce que l'on appelle notamment la coordination motrice.
Et c'est un aspect particulièrement intéressant du Pilates.
La coordination est la capacité à organiser plusieurs actions corporelles afin de produire un mouvement efficace et adapté.
Elle ne signifie pas simplement « être agile ».
Elle implique notamment :
le timing des contractions musculaires ;
la relation entre différentes articulations ;
l'adaptation de la force produite ;
la perception de la position du corps ;
la capacité à modifier un mouvement en fonction des informations reçues.
Une composante importante est la proprioception.
C'est notre capacité à percevoir où se trouvent nos différentes parties du corps et comment elles se déplacent, même sans les regarder.
Fermez les yeux et levez votre bras : vous savez où il se trouve sans avoir besoin de le voir.
Cette information provient notamment de récepteurs situés dans les muscles, les tendons et les articulations, qui transmettent au système nerveux des informations sur le mouvement et la position du corps.
Le Pilates repose traditionnellement sur des principes tels que la concentration, le contrôle, la précision et la fluidité.
Autrement dit, l'objectif n'est pas simplement de réaliser un mouvement.
Il s'agit aussi de savoir comment on le réalise.
Cette philosophie est cohérente avec certains principes de l'apprentissage moteur : pour apprendre une habileté, le système nerveux doit progressivement organiser et ajuster les mouvements en fonction des informations reçues.
Une revue consacrée aux principes d'apprentissage moteur appliqués aux exercices inspirés du Pilates avait déjà souligné l'intérêt potentiel de notions comme le feedback, la pratique variable et le transfert des apprentissages vers les tâches fonctionnelles.
Mais cela ne suffit pas à démontrer que le Pilates améliore automatiquement la coordination dans toutes les situations.
C'est ici que les choses deviennent intéressantes.
Une étude randomisée publiée dans le Journal of Sport Rehabilitation a comparé pendant six mois un programme de Pilates, de gymnastique générale et un groupe contrôle chez des femmes adultes sédentaires.
Les chercheurs ont évalué notamment la coordination et la proprioception des membres inférieurs.
Et contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, le groupe Pilates n'a pas montré d'amélioration significative de la coordination ou de la proprioception dans cette étude, alors que le groupe de gymnastique générale a montré une amélioration de certains paramètres de coordination.
C'est un résultat particulièrement intéressant parce qu'il rappelle une règle fondamentale :
une théorie cohérente ne suffit pas à démontrer un effet.
Parce que le Pilates constitue une pratique où la coordination du mouvement est explicitement travaillée, même si les preuves montrant une amélioration générale de la coordination restent limitées.
Une revue de 2023 consacrée spécifiquement à la variabilité du mouvement en Pilates n'a trouvé que cinq travaux répondant aux critères de recherche, et seulement une étude utilisant réellement le Pilates comme intervention.
Cette étude suggérait une augmentation de la variabilité de la coordination hanche-genou, ce qui pourrait correspondre à des stratégies de mouvement plus diversifiées. Mais les auteurs concluent eux-mêmes que la recherche sur ce sujet est encore très limitée.
C'est donc un domaine dans lequel la science commence seulement à explorer ce que les enseignants de Pilates observent depuis longtemps : la qualité et l'organisation du mouvement.
Les deux notions sont liées, mais elles ne sont pas identiques.
On peut avoir un bon équilibre tout en ayant une coordination médiocre.
Et inversement, on peut être très bien coordonné dans un mouvement sans devoir maintenir un équilibre particulièrement difficile.
La coordination concerne surtout la manière dont les différentes composantes du mouvement s'organisent ensemble.
C'est notamment ce qui rend certains exercices de Pilates intéressants : les bras peuvent effectuer une action pendant que les jambes en réalisent une autre, tandis que le tronc doit rester stable et que la respiration accompagne le mouvement.
Le cerveau doit alors gérer plusieurs informations simultanément.
C'est probablement là que le Pilates trouve l'une de ses places les plus intéressantes.
Le Pilates ne doit pas être présenté comme un entraînement universel de la coordination qui rendrait automatiquement meilleur dans tous les sports.
La coordination est spécifique à la tâche.
Un excellent danseur n'aura pas nécessairement la coordination d'un joueur de tennis lorsqu'il doit réaliser un geste avec une raquette. Un pratiquant de Pilates ne devient pas automatiquement meilleur boxeur simplement parce qu'il contrôle parfaitement ses mouvements sur un Reformer.
En revanche, travailler régulièrement le contrôle du corps peut constituer un complément intéressant à une pratique sportive plus spécifique.
Le Pilates place le contrôle et la précision du mouvement au centre de sa pratique.
Il sollicite donc des processus liés à la coordination, à la proprioception et à l'organisation du mouvement.
Mais les études scientifiques spécifiques sur l'amélioration de la coordination grâce au Pilates restent peu nombreuses et parfois contradictoires.
Il serait donc exagéré d'affirmer :
« Le Pilates améliore forcément la coordination. »
La formulation plus juste est :
« Le Pilates entraîne le contrôle et l'organisation du mouvement ; ses effets spécifiques sur la coordination générale restent encore à préciser par la recherche. »
Et c'est finalement beaucoup plus intéressant : le Pilates ne promet pas de bouger plus. Il invite à apprendre à mieux contrôler la façon dont on bouge.
(1) Ozer Kaya D. et al. (2012). Effects of calisthenics and Pilates exercises on coordination and proprioception in adult women: a randomized controlled trial. Journal of Sport Rehabilitation.
(2) Pereira C. et al. (2023). Movement variability in Pilates: a scoping review. Journal of Bodywork & Movement Therapies.
(3) Lange C., Unnithan V., Larkam E., Latta P. (2000). Maximizing the benefits of Pilates-inspired exercise for learning functional motor skills. Journal of Bodywork and Movement Therapies.
(4) van Andel S. et al. (2022). Implications of Optimal Feedback Control Theory for Sport Coaching and Motor Learning: A Systematic Review. Motor Control.