Le mal de dos est extrêmement fréquent. La lombalgie fait partie des principales causes d'incapacité dans le monde et peut avoir des conséquences importantes sur la vie quotidienne, le travail et l'activité physique.
Face à une douleur lombaire, une question revient souvent :
Faut-il se reposer ou continuer à bouger ?
Et surtout : le Pilates est-il particulièrement efficace pour le dos, ou existe-t-il d'autres options tout aussi intéressantes ?
La réponse est plus nuancée que ce que l'on peut parfois lire sur Internet.
La lombalgie correspond à une douleur située dans la partie basse du dos, entre la partie inférieure des côtes et les fesses.
Elle peut avoir des causes très différentes.
Dans la majorité des lombalgies chroniques prises en charge en soins primaires, aucune maladie ou lésion précise ne permet d'expliquer à elle seule la persistance des symptômes. On parle alors de lombalgie chronique primaire.
Cela ne signifie absolument pas que la douleur est imaginaire.
La douleur est réelle.
Cela signifie simplement que douleur et lésion ne sont pas toujours synonymes.
Le fonctionnement du dos est complexe et l'expérience douloureuse peut être influencée par de nombreux facteurs : activité physique, sommeil, stress, contexte professionnel, appréhension du mouvement, état général et facteurs psychologiques et sociaux. L'OMS recommande ainsi une prise en charge globale et personnalisée plutôt que de rechercher systématiquement une cause mécanique unique.
Lorsqu'une personne souffre du dos, elle peut être tentée de penser :
« Il faut absolument trouver ce qui est abîmé. »
Pourtant, une imagerie ne permet pas toujours d'expliquer la douleur.
Certaines modifications observées sur une IRM ou une radiographie sont également fréquentes chez des personnes qui ne ressentent aucune douleur.
C'est pourquoi le NICE ne recommande pas de réaliser systématiquement une imagerie chez les personnes souffrant de lombalgie ou de sciatique. Une imagerie peut être envisagée lorsqu'elle est susceptible de modifier la prise en charge.
Le NICE signifie National Institute for Health and Care Excellence.
C'est un organisme public britannique qui élabore des recommandations de santé à partir des données scientifiques disponibles.
Pour la lombalgie, ses recommandations sont notamment utilisées par les professionnels de santé britanniques pour guider l'évaluation et la prise en charge.
Le NICE recommande notamment de maintenir autant que possible les activités normales et de proposer un programme d'exercice en tenant compte des besoins, des capacités et des préférences de la personne.
Et c'est un point particulièrement intéressant pour comprendre la place du Pilates.
Pas nécessairement.
L'idée selon laquelle le dos devrait être « mis au repos » dès qu'il fait mal n'est généralement pas compatible avec les recommandations actuelles concernant la lombalgie chronique.
L'OMS recommande notamment les programmes d'exercice structurés parmi les interventions non chirurgicales destinées aux personnes souffrant de lombalgie chronique primaire. Les données indiquent que l'exercice peut avoir des effets favorables sur la douleur et les capacités fonctionnelles, même si l'ampleur des effets varie selon les études et les périodes de suivi.
Le NICE recommande lui aussi l'exercice, en laissant le choix du type d'activité dépendre des besoins, des capacités et des préférences de la personne.
Cela ne signifie évidemment pas :
« Il faut forcer malgré la douleur. »
Il s'agit plutôt de maintenir ou reprendre progressivement une activité adaptée, en ajustant l'intensité, l'amplitude, le volume et les exercices selon la situation.
Une douleur persistante peut avoir une conséquence supplémentaire : la peur de bouger.
Une personne peut commencer à éviter certains mouvements parce qu'elle les associe à la douleur :
se pencher ;
tourner le tronc ;
porter un objet ;
s'accroupir ;
se relever ;
faire du sport.
Progressivement, cette appréhension peut conduire à réduire son activité et à perdre confiance dans ses capacités physiques.
La reprise progressive du mouvement peut alors avoir un intérêt qui dépasse le simple renforcement musculaire.
Elle peut permettre de retrouver progressivement de la confiance dans son corps et dans ses mouvements.
C'est l'une des raisons pour lesquelles la prise en charge actuelle de la lombalgie s'intéresse à la personne dans son ensemble, et pas uniquement à sa colonne vertébrale.
C'est ici que le Pilates peut avoir sa place.
Une séance peut permettre de travailler, selon les exercices :
la mobilité de la colonne et des hanches ;
l'endurance musculaire ;
la force ;
la coordination ;
le contrôle du tronc ;
la respiration ;
la capacité à réaliser différents mouvements progressivement.
Le caractère adaptable de nombreux exercices permet également de faire varier la difficulté.
Mais il faut immédiatement apporter une précision importante :
aucune de ces qualités n'est exclusive au Pilates.
La marche, la musculation, le vélo, le yoga, les exercices de contrôle moteur ou d'autres formes d'activité physique peuvent également être utilisées dans la prise en charge de la lombalgie.
Les résultats sont globalement encourageants.
Une méta-analyse publiée en 2023 a regroupé 19 essais randomisés et 1 108 participants souffrant de lombalgie chronique. Les auteurs ont observé une amélioration significative de la douleur et de plusieurs mesures de handicap dans les groupes Pilates par rapport aux groupes contrôles.
Une autre revue systématique et méta-analyse publiée en 2023 a étudié 36 études, dont 19 ont été intégrées à la méta-analyse. Elle conclut également que le Pilates peut être efficace pour réduire la douleur et le handicap liés à la lombalgie.
Il existe donc des raisons scientifiques de considérer le Pilates comme une option intéressante.
Mais cette conclusion ne signifie pas que le Pilates est supérieur à toutes les autres formes d'exercice.
Et c'est là que la nuance devient essentielle.
Pas nécessairement.
Le fait qu'une méthode fonctionne ne signifie pas automatiquement qu'elle fonctionne mieux que toutes les autres.
Une revue systématique avec méta-analyse publiée en 2023 a justement comparé le Pilates à différentes formes d'exercice chez des adultes souffrant de lombalgie chronique non spécifique.
Elle a inclus 11 essais randomisés.
Les auteurs ont observé certains résultats favorables au Pilates dans certaines comparaisons, mais le niveau de certitude des preuves était faible ou très faible selon les analyses. Les données disponibles ne permettent donc pas de conclure de manière robuste que le Pilates soit systématiquement supérieur aux autres exercices.
Une revue systématique plus ancienne était arrivée à une conclusion comparable : le Pilates semblait plus efficace qu'une intervention minimale pour certaines mesures de douleur, mais aucune supériorité claire par rapport à d'autres formes d'exercice n'avait été démontrée.
Parce que le traitement de la lombalgie ne devrait pas chercher à imposer une méthode universelle.
Une personne peut très bien répondre à un programme de renforcement.
Une autre préférera marcher.
Une autre encore appréciera le Pilates, le yoga, le vélo ou la natation.
Le NICE recommande justement de choisir le programme d'exercice en fonction des besoins, des capacités et des préférences de la personne, plutôt que d'imposer une méthode particulière.
Il n'est d'ailleurs pas forcément nécessaire de choisir une seule activité.
Il permet de développer la force et la capacité à produire et supporter des contraintes.
La marche rapide, le vélo, la natation ou d'autres activités d'endurance permettent d'améliorer la condition physique générale et d'augmenter le niveau d'activité.
Il peut apporter un travail complémentaire autour du contrôle du mouvement, de la coordination, de la mobilité et de l'endurance musculaire.
Ces différentes approches peuvent donc parfaitement se compléter.
Le meilleur programme n'est pas nécessairement celui qui utilise une seule méthode, mais celui qui répond aux besoins de la personne.
On entend souvent :
« Vous avez mal au dos parce que votre centre n'est pas assez fort. »
Cette affirmation est beaucoup trop simpliste.
Le centre, ou core, désigne globalement les muscles du tronc qui participent à la stabilisation et au mouvement.
Le Pilates les sollicite régulièrement.
Mais un mal de dos ne peut pas être réduit à un simple manque de gainage.
Une revue systématique consacrée à l'activation des muscles du centre dans la lombalgie chronique montre d'ailleurs que les données restent limitées et hétérogènes.
Le renforcement peut être utile.
Mais renforcer le centre n'est pas une garantie de faire disparaître une douleur lombaire.
Le dos fonctionne comme un ensemble : muscles, articulations, système nerveux, habitudes de mouvement, niveau d'activité et contexte de vie interagissent.
Même raisonnement.
Une posture différente de la moyenne n'est pas nécessairement une mauvaise posture, et une posture considérée comme « parfaite » ne garantit pas l'absence de douleur.
Nous changeons naturellement de position au cours de la journée.
Nous nous penchons, nous tournons, nous nous redressons, nous nous asseyons.
Le Pilates peut aider à développer le contrôle du mouvement et la capacité à gérer différentes positions, mais il serait excessif de promettre :
« Je vais corriger votre posture et votre mal de dos disparaîtra. »
La lombalgie est beaucoup trop complexe pour être réduite à cela.
Il n'existe pas une réponse identique pour tout le monde.
Un exercice peut être parfaitement toléré par une personne et provoquer une gêne chez une autre.
La solution n'est pas forcément de bannir définitivement le mouvement.
Selon la situation, on peut modifier :
l'amplitude ;
la vitesse ;
la résistance ;
la position de départ ;
le nombre de répétitions ;
la durée ;
ou choisir temporairement une variante différente.
Puis, lorsque les capacités augmentent, le mouvement peut progressivement être réintroduit ou complexifié.
L'objectif n'est pas de fabriquer un corps qui ne ressentira plus jamais la moindre douleur.
Il s'agit plutôt de développer progressivement la capacité à bouger et à tolérer les contraintes du quotidien.
Le Pilates reste une activité physique.
Il ne remplace pas un diagnostic médical ni une prise en charge de santé lorsqu'elle est nécessaire.
Certaines situations nécessitent une évaluation médicale, notamment lorsqu'une lombalgie s'accompagne de symptômes inhabituels ou préoccupants.
Une attention particulière est nécessaire en cas de :
faiblesse musculaire importante ou progressive ;
troubles urinaires ou fécaux nouveaux ;
perte de sensibilité dans la région périnéale ;
traumatisme important ;
fièvre ou altération importante de l'état général ;
douleur inhabituelle ou aggravation rapide.
Dans ces situations, le rôle d'un professionnel de l'activité physique n'est pas de chercher un exercice miracle.
C'est de reconnaître que la situation dépasse son champ de compétence et d'orienter vers un professionnel de santé.
Le Pilates peut être une bonne option.
Les études montrent qu'il peut réduire la douleur et améliorer certaines limitations fonctionnelles chez les personnes souffrant de lombalgie chronique.
Mais il n'existe pas suffisamment de preuves pour affirmer qu'il est la meilleure méthode pour tout le monde, ou qu'il serait systématiquement supérieur au renforcement, à d'autres exercices ou à d'autres approches.
Et c'est finalement une bonne nouvelle.
Parce qu'il n'existe pas une seule manière de prendre soin de son dos.
Le Pilates peut être choisi parce qu'il correspond à la personne.
Parce qu'elle aime cette pratique.
Parce qu'elle apprécie son approche progressive.
Parce qu'elle se sent en confiance dans ce cadre.
Parce qu'elle peut la pratiquer régulièrement.
Et une activité adaptée que l'on pratique réellement est infiniment plus intéressante qu'une méthode théoriquement parfaite mais abandonnée après quelques semaines.
Le Pilates peut aider à lutter contre la lombalgie, mais ce n'est pas une méthode miracle.
Les études montrent des effets favorables sur la douleur et les limitations fonctionnelles, mais les comparaisons avec d'autres formes d'exercice ne permettent pas de dire que le Pilates est systématiquement supérieur.
Les recommandations du NICE et de l'OMS vont plutôt vers une approche personnalisée : maintenir l'activité autant que possible et choisir un programme d'exercice adapté aux capacités, aux besoins et aux préférences de la personne.
Le meilleur exercice pour le dos n'est pas forcément le Pilates.
C'est celui qui est adapté à la personne, suffisamment progressif pour être toléré et suffisamment agréable pour être pratiqué dans la durée.
(1) Huang J., Park H.-Y. (2023). Effect of Pilates training on pain and disability in patients with chronic low back pain: a systematic review and meta-analysis based on randomized controlled trials. Physical Activity and Nutrition, 27(1), 16–29.
(2) Wong C.M., Rugg B., Geere J.-A. (2023). The effects of Pilates exercise in comparison to other forms of exercise on pain and disability in individuals with chronic non-specific low back pain: A systematic review with meta-analysis. Musculoskeletal Care, 21(1), 78–96.
(3) Patti A. et al. (2023). Effectiveness of Pilates exercise on low back pain: a systematic review with meta-analysis.
(4) Hayden J.A. et al. / données intégrées aux recommandations internationales sur l'exercice dans la lombalgie chronique.
(5) NICE. Low back pain and sciatica in over 16s: assessment and management (NG59). Recommandations sur l'exercice, l'autogestion et l'imagerie.
(6) Organisation mondiale de la Santé (2023). WHO guideline for non-surgical management of chronic primary low back pain in adults in primary and community care settings.