La posture humaine est beaucoup plus complexe qu'une simple question de dos droit ou d'épaules tirées vers l'arrière.
Nous changeons de position en permanence : assis, debout, en marchant, en courant, en nous penchant, en portant une charge…
Il n'existe donc pas une posture unique qui serait parfaite pour toute la journée.
Alors, que peut réellement apporter le Pilates à notre posture ?
La posture correspond à la manière dont les différents segments de notre corps sont organisés les uns par rapport aux autres, à un instant donné et dans une situation donnée.
Elle dépend notamment :
de notre morphologie ;
de la mobilité de nos articulations ;
de notre force musculaire ;
de notre équilibre ;
de notre coordination ;
de notre perception du corps ;
de notre activité ;
et même du contexte dans lequel nous nous trouvons.
Notre posture n'est donc pas quelque chose de complètement figé.
Elle s'adapte en permanence.
Lorsque vous attrapez un objet, votre corps modifie automatiquement la position de votre tronc, de votre bassin, de vos épaules et de vos jambes pour réaliser le mouvement.
C'est pourquoi parler de « bonne posture » sans préciser pour quelle activité et dans quel contexte est réducteur.
🧠 Une mauvaise posture est-elle forcément responsable du mal de dos ?
C'est probablement l'une des idées reçues les plus répandues.
Une personne peut avoir une posture très différente de celle considérée comme « idéale » sans avoir mal.
À l'inverse, une personne présentant une posture qui semble parfaitement alignée peut souffrir du dos.
La relation entre posture et douleur est donc beaucoup plus complexe qu'une simple relation de cause à effet.
Cela ne signifie pas que la posture n'a aucune importance.
Cela signifie plutôt qu'il faut éviter de dire :
« Votre dos vous fait mal parce que vous vous tenez mal. »
La douleur est une expérience multifactorielle dans laquelle interviennent notamment des facteurs physiques, psychologiques et sociaux.
La posture peut faire partie de l'équation, mais elle n'est pas nécessairement la cause unique.
Le Pilates demande régulièrement de contrôler la position du bassin, du tronc, de la tête et des membres pendant que le corps réalise différents mouvements.
On retrouve notamment un travail autour :
de la stabilité du tronc ;
du contrôle du bassin ;
de la mobilité de la colonne ;
de la force et de l'endurance musculaire ;
de la coordination ;
de la conscience corporelle.
Cela peut permettre au pratiquant de mieux percevoir et contrôler certaines positions.
Mais il faut distinguer deux choses :
et
Le deuxième objectif est probablement beaucoup plus intéressant dans une pratique comme le Pilates.
La recherche sur le Pilates et la posture existe depuis plusieurs années.
Une étude randomisée publiée en 2013 a suivi 74 femmes adultes pendant six mois. Le groupe Pilates pratiquait deux séances hebdomadaires de 60 minutes, tandis que le groupe contrôle ne pratiquait pas d'exercice organisé.
Les chercheurs ont évalué différents paramètres d'alignement postural. (1)
Mais il faut surtout regarder les données dans leur ensemble.
Une revue publiée en 2024 a analysé 13 études comprenant 783 participants.
Les études portaient notamment sur l'alignement de la colonne cervicale, thoracique et lombaire, ainsi que sur différents paramètres posturaux.
Les auteurs concluent que les données disponibles suggèrent un effet favorable du Pilates sur certains problèmes d'alignement postural.
Mais seulement 6 études sur 13 étaient considérées comme de qualité élevée ou supérieure.
Les auteurs recommandent donc de poursuivre les recherches avec des protocoles plus rigoureux. (2)
Une autre revue systématique et méta-analyse publiée en 2024 a inclus 18 études.
Chez les enfants et adolescents, les auteurs trouvent des preuves de niveau modéré indiquant que le Pilates pourrait améliorer certains paramètres d'alignement thoracique et lombaire par rapport à l'absence d'exercice.
Chez les adultes, les résultats sont également encourageants pour certains paramètres, notamment l'angle des épaules, certaines mesures de scoliose, la lordose lombaire et l'angle craniovertébral.
Mais ici encore, le niveau de certitude des preuves chez l'adulte est faible à très faible pour plusieurs résultats. (3)
Cela donne une conclusion beaucoup plus intéressante qu'un simple :
« Le Pilates améliore la posture. »
La formulation scientifiquement plus juste serait :
« Le Pilates peut améliorer certains paramètres d'alignement postural, mais l'ampleur et la certitude de ces effets varient selon les populations et les paramètres étudiés. »
C'est probablement là que la notion de posture devient réellement intéressante.
Nous passons une grande partie de notre journée à :
travailler devant un écran ;
regarder notre téléphone ;
conduire ;
rester assis ;
porter des sacs ;
nous pencher ;
répéter les mêmes gestes.
Le problème n'est pas nécessairement la position elle-même.
C'est souvent le fait de rester très longtemps dans la même position avec peu de variation.
Le corps humain est conçu pour bouger.
Une posture confortable pendant quelques minutes peut devenir inconfortable après plusieurs heures.
C'est pourquoi, plutôt que de rechercher une position parfaite, il est généralement plus intéressant d'apprendre à changer régulièrement de position et à disposer de suffisamment de mobilité et de contrôle pour le faire facilement.
Pas vraiment.
Et c'est justement une bonne chose.
Un bon enseignement du Pilates ne devrait pas simplement demander au pratiquant de :
« tirer les épaules en arrière »
« rentrer le ventre »
« cambrer moins »
Il doit plutôt lui permettre de comprendre comment organiser son corps pendant un mouvement.
Par exemple, maintenir le bassin relativement stable pendant que la jambe se déplace demande un contrôle différent de celui nécessaire pour simplement rester debout.
De même, mobiliser la colonne sans perdre complètement le contrôle du tronc demande une coordination entre plusieurs groupes musculaires.
La posture devient alors une conséquence du mouvement, plutôt qu'une position figée à atteindre.
C'est une distinction essentielle.
C'est la manière dont nous organisons notre corps lorsque nous sommes immobiles.
Par exemple :
debout devant quelqu'un.
C'est la manière dont notre corps s'organise pendant le mouvement.
Par exemple :
se pencher pour ramasser quelque chose.
Dans la vie réelle, nous avons constamment besoin de la deuxième.
C'est pourquoi un entraînement qui développe uniquement la capacité à « bien se tenir » immobile serait insuffisant.
Le Pilates est intéressant notamment parce que la stabilité y est généralement travaillée pendant le mouvement.
La posture ne dépend évidemment pas uniquement de la souplesse ou de la conscience corporelle.
Il faut également être capable de maintenir et de modifier certaines positions.
Cela nécessite de la force et de l'endurance musculaire.
Une personne peut parfaitement savoir qu'elle doit stabiliser son bassin, mais manquer de force ou d'endurance pour maintenir cette organisation pendant un mouvement prolongé.
Le renforcement musculaire constitue donc une composante importante de la capacité à contrôler sa posture.
Et c'est une autre raison pour laquelle il serait réducteur de présenter le Pilates comme une simple méthode de « placement ».
Le travail du centre occupe une place importante dans le Pilates.
Il correspond globalement à la région du tronc et aux muscles participant à sa stabilisation.
Son rôle n'est pas de maintenir le ventre constamment rentré.
Il s'agit plutôt de permettre au tronc de rester suffisamment stable tout en autorisant les mouvements nécessaires.
Imaginez un mouvement de bras.
Le but n'est pas de rigidifier tout le corps.
Le tronc doit pouvoir fournir suffisamment de stabilité pour que le mouvement du bras soit efficace, tout en restant capable de s'adapter.
Stabilité ne signifie donc pas immobilité.
C'est une distinction fondamentale dans le travail postural.
Le Pilates est parfois présenté sur Internet comme une méthode permettant de « corriger la scoliose ».
Cette formulation est beaucoup trop catégorique.
Certaines études montrent des améliorations de certains paramètres posturaux chez des personnes présentant une scoliose, mais cela ne signifie pas que le Pilates puisse redresser une colonne scoliotique de manière générale.
La méta-analyse de 2024 indique notamment que, pour la scoliose chez les enfants et adolescents, les données disponibles suggèrent une supériorité de la méthode Schroth par rapport au Pilates, mais avec une très faible certitude des preuves. (3)
Le Pilates peut donc éventuellement constituer un complément, mais il ne doit pas être présenté comme un traitement spécifique de la scoliose.
Il n'est pas nécessaire de chercher à atteindre une posture parfaite.
L'objectif peut plutôt être de développer :
plus de mobilité + plus de force + plus de contrôle + plus de variété dans les positions.
C'est finalement beaucoup plus fonctionnel.
Une personne capable de passer facilement d'une position à une autre possède davantage de possibilités qu'une personne qui essaie de maintenir une seule posture « parfaite » toute la journée.
Le Pilates peut contribuer à développer certaines qualités qui participent au contrôle postural :
Mieux percevoir la position de son corps.
Être capable de maintenir ou modifier une position.
Faire travailler plusieurs parties du corps ensemble.
Pouvoir utiliser différentes amplitudes.
Adapter la position du corps au mouvement réalisé.
Ce sont ces qualités combinées qui peuvent rendre le mouvement plus efficace et mieux contrôlé.
Il n'existe pas une posture parfaite à maintenir toute la journée.
Le Pilates peut améliorer certains paramètres d'alignement postural et développer les qualités nécessaires au contrôle du corps.
Mais son intérêt ne réside probablement pas dans le fait de vous apprendre à « vous tenir droit ».
Il est davantage question de mieux bouger, mieux contrôler ses positions et disposer de davantage de possibilités de mouvement.
Et surtout :
Une bonne posture n'est pas forcément une posture parfaitement droite.
C'est une posture que votre corps est capable d'adapter à ce que vous lui demandez.
(1) Cruz-Ferreira A. et al. (2013). Does Pilates-based exercise improve postural alignment in adult women? Women & Health.
(2) Effects of Pilates on Body Posture: A Systematic Review (2024). Archives of Rehabilitation Research and Clinical Translation. 13 études, 783 participants.
(3) Roque G.C. et al. (2024). Are Pilates Exercises Effective in Improving Postural Misalignment? Systematic Review and Meta-analysis. Musculoskeletal Care. 18 études.
(4) Lim E.C.W. et al. (2011). A systematic review of the effects of Pilates method of exercise in healthy people. Journal of Physical Therapy Science.
(5) Cruz-Díaz D. et al. / littérature sur Pilates et lombalgie chronique : les études suggèrent également des bénéfices fonctionnels et sur la douleur, mais sans démontrer que le Pilates soit supérieur aux autres formes d'exercice.