Pilates, yoga, méthode De Gasquet : trois pratiques qui utilisent le souffle, mais pas de la même manière.
Respirer est automatique. Pourtant, dès que nous pratiquons une activité physique, nous pouvons volontairement modifier notre façon de respirer.
C'est particulièrement visible dans le Pilates, le yoga et la méthode de Bernadette de Gasquet.
Alors pourquoi ces trois approches proposent-elles des respirations différentes ?
Dans l'enseignement traditionnel du Pilates, la respiration est l'un des principes fondamentaux de la méthode, aux côtés du centrage, du contrôle, de la précision, de la concentration et de la fluidité. (1)
On utilise fréquemment une respiration dite latérale thoracique : lors de l'inspiration, la cage thoracique s'expanse notamment sur les côtés et vers l'arrière, tandis que l'expiration accompagne souvent le mouvement et le travail abdominal.
L'objectif est avant tout de coordonner respiration et mouvement, tout en permettant de maintenir le contrôle du tronc.
Il ne s'agit donc pas nécessairement de chercher « la respiration parfaite », mais d'utiliser le souffle comme un outil pour mieux réaliser l'exercice.
Le yoga possède une approche beaucoup plus vaste de la respiration.
Les pranayama regroupent de nombreuses techniques de contrôle du souffle : respiration lente, respiration alternée par les narines, respirations dynamiques, rétentions après l'inspiration ou l'expiration…
Leur objectif n'est donc pas toujours le même.
Certaines techniques ont été étudiées pour leurs effets sur la fonction respiratoire, le système cardiovasculaire ou certains paramètres liés au stress. Les résultats sont intéressants, mais les études restent très différentes les unes des autres et la qualité des preuves varie selon les techniques étudiées. (2,3)
Le yoga montre ainsi qu'il n'existe pas une seule façon de respirer pendant une pratique corporelle.
L'approche de Bernadette de Gasquet propose encore une autre organisation.
Sa méthode repose notamment sur le principe :
Le périnée, l'expiration et l'auto-grandissement sont associés dans l'organisation du mouvement. (4)
L'expiration occupe donc une place particulièrement importante.
Dans certaines techniques hypopressives, on utilise également une fausse inspiration thoracique : après une expiration, on réalise un mouvement inspiratoire sans laisser entrer d'air. Cette manœuvre modifie la position de la cage thoracique et les pressions à l'intérieur de l'abdomen.
Cette approche est différente de la respiration latérale traditionnellement enseignée en Pilates.
Mais différence ne signifie pas supériorité.
Ces méthodes ont simplement des objectifs et des consignes différents.
Ces trois approches ont finalement un point commun :
elles considèrent la respiration comme autre chose qu'un simple échange d'oxygène et de dioxyde de carbone.
Le souffle participe à la posture, au mouvement et aux variations de pression dans le tronc.
Le diaphragme, les muscles abdominaux et le plancher pelvien fonctionnent notamment en interaction avec la respiration. (5)
Mais cela ne signifie pas qu'une technique respiratoire particulière permet automatiquement de renforcer le périnée.
Une revue systématique consacrée à cette question a notamment montré que l'activation du plancher pelvien pendant l'expiration était inférieure à celle obtenue lors d'une contraction volontaire spécifique. (6)
Respirer et entraîner son périnée sont donc deux choses liées, mais différentes.
Il n'y en a pas une seule.
La respiration la plus adaptée dépend de l'activité, de l'exercice, de l'intensité de l'effort et de l'objectif recherché.
Une respiration utilisée pendant un exercice de Pilates n'a pas nécessairement à être identique à celle utilisée pendant une pratique de yoga ou un exercice issu de la méthode De Gasquet.
Comprendre ces différences permet surtout de sortir d'une idée reçue :
bien respirer ne signifie pas respirer toujours de la même manière.
Pilates, yoga et méthode De Gasquet utilisent tous la respiration, mais chacun avec sa propre logique.
Pilates : respiration et contrôle du mouvement.
Yoga : exploration et régulation du souffle à travers de nombreuses techniques.
De Gasquet : coordination entre expiration, périnée et auto-grandissement.
Aucune de ces approches ne constitue à elle seule « la » bonne façon de respirer dans toutes les situations.
Le plus important est de comprendre pourquoi une respiration est proposée et de savoir l'adapter au mouvement.
(1) Wells C. et al. (2012). Defining Pilates exercise: A systematic review. Complementary Therapies in Medicine.
(2) Jayawardena R. et al. (2020). Exploring the Therapeutic Benefits of Pranayama (Yogic Breathing): A Systematic Review. International Journal of Yoga.
(3) Brandani J.Z. et al. (2017). The hypotensive effect of Yoga's breathing exercises: A systematic review. Complementary Therapies in Clinical Practice.
(4) Institut De Gasquet. La méthode De Gasquet : Péri, Expi, Grandi.
(5) Hodges P.W., Sapsford R., Pengel L.H. (2007). Postural and respiratory functions of the pelvic floor muscles. Neurourology and Urodynamics.
(6) Bø K., Driusso P., Jorge C.H. (2023). Can you breathe yourself to a better pelvic floor? A systematic review. Neurourology and Urodynamics.