Quand on dit qu'une personne est « souple », on imagine généralement quelqu'un capable de toucher ses pieds, de faire le grand écart ou de placer facilement ses jambes dans une grande amplitude.
Mais être souple et être mobile ne sont pas exactement la même chose.
Et cette distinction est particulièrement intéressante lorsqu'on parle de Pilates.
La souplesse désigne principalement la capacité des muscles et des tissus qui entourent une articulation à permettre une certaine amplitude de mouvement.
Par exemple, la souplesse des ischio-jambiers peut influencer notre capacité à rapprocher le buste des jambes.
Elle dépend de nombreux facteurs : la structure anatomique, les propriétés des muscles et des tissus environnants, mais aussi le système nerveux et notre tolérance à l'étirement.
Et surtout, la souplesse n'est pas identique chez tout le monde.
Deux personnes peuvent avoir des amplitudes différentes sans que l'une soit nécessairement « moins en forme » que l'autre.
La mobilité va plus loin.
Elle correspond à notre capacité à utiliser une amplitude articulaire activement, avec contrôle.
Prenons un exemple simple.
Une personne peut avoir suffisamment de souplesse pour qu'on lui amène passivement la jambe très haut.
Mais si elle n'est pas capable de lever elle-même cette jambe jusqu'à cette amplitude, elle possède une amplitude passive importante mais une mobilité active plus limitée.
C'est toute la différence entre :
« On peut m'amener dans cette position »
et
« Je peux moi-même aller dans cette position et la contrôler. »
La mobilité dépend donc non seulement de l'amplitude disponible, mais aussi de la force, de la coordination et du contrôle moteur.
C'est une distinction importante.
Une articulation peut avoir une grande amplitude mais être difficile à contrôler.
À l'inverse, une personne peut ne pas être extrêmement souple mais disposer d'une excellente mobilité fonctionnelle.
La mobilité implique notamment :
amplitude + force + contrôle + coordination.
C'est d'ailleurs pourquoi une personne qui souhaite « gagner en mobilité » n'a pas forcément besoin de passer son temps à s'étirer.
Le renforcement peut également contribuer à améliorer l'amplitude de mouvement.
Une méta-analyse de 2021 portant sur 11 essais randomisés et 452 participants n'a pas trouvé de différence significative entre l'entraînement en résistance et les étirements concernant les gains d'amplitude articulaire.
Autrement dit, on peut parfois gagner de l'amplitude en devenant plus fort dans cette amplitude.
Le Pilates est particulièrement intéressant parce qu'il ne cherche généralement pas seulement à atteindre une position.
Il demande aussi de contrôler cette position.
Prenons un mouvement de hanche.
Le but n'est pas simplement d'amener la jambe le plus loin possible.
Il faut également maintenir une organisation du bassin, contrôler le mouvement et coordonner les différentes parties du corps.
C'est cette association entre amplitude et contrôle qui fait du Pilates une approche intéressante du travail de mobilité.
Les données scientifiques sont plutôt encourageantes, mais elles méritent d'être nuancées.
Une revue systématique publiée en 2016, basée sur des essais contrôlés randomisés, concluait à des preuves d'amélioration de la flexibilité chez les personnes en bonne santé pratiquant le Pilates, au moins à court terme.
Une autre revue systématique avait également trouvé des effets favorables sur la flexibilité, avec toutefois une qualité méthodologique assez variable entre les études.
Mais une méta-analyse de 2015 portant sur neuf essais randomisés chez des personnes en bonne santé n'avait pas retrouvé de différence statistiquement significative sur la flexibilité par rapport à l'absence d'exercice.
Pourquoi ces résultats différents ?
Parce que les études ne proposent pas toutes les mêmes exercices, la même durée, la même fréquence ni les mêmes méthodes pour mesurer la souplesse.
La science ne permet donc pas de dire :
« Faire du Pilates rend forcément plus souple. »
Elle permet plutôt de dire que certains programmes de Pilates peuvent améliorer la flexibilité et l'amplitude de mouvement, mais que l'ampleur de cet effet dépend probablement du programme et de la personne.
C'est un point que l'on oublie souvent.
Une grande amplitude articulaire peut être utile dans certaines activités : danse, gymnastique, arts martiaux, certains sports ou simplement certaines tâches quotidiennes.
Mais avoir la plus grande amplitude possible n'est pas un objectif universel.
Une amplitude doit être adaptée à la morphologie, à l'activité et aux besoins de la personne.
Chercher systématiquement à aller « toujours plus loin » peut même être contre-productif si l'on manque de contrôle ou de force dans cette nouvelle amplitude.
L'objectif n'est donc pas forcément :
plus loin.
Mais plutôt :
assez loin, avec contrôle.
Oui.
Et c'est une idée particulièrement intéressante pour comprendre la différence entre souplesse et mobilité.
Les étirements peuvent augmenter l'amplitude articulaire. Une méta-analyse portant sur 47 études et 110 effets a retrouvé une augmentation aiguë de l'amplitude après une séance d'étirements.
Mais l'entraînement en résistance peut également produire des gains d'amplitude à long terme.
Une autre méta-analyse n'a pas trouvé de différence significative entre entraînement de résistance et stretching pour améliorer l'amplitude articulaire.
Cela nous rappelle quelque chose d'important :
la mobilité ne se résume pas au stretching.
Le renforcement, le contrôle moteur et l'exposition progressive à différentes amplitudes peuvent également jouer un rôle.
C'est probablement là que le Pilates trouve sa place la plus intéressante.
Il permet de travailler simultanément :
l'amplitude ;
la stabilité ;
la force ;
la coordination ;
le contrôle moteur ;
la conscience corporelle.
Le Pilates peut donc être intéressant pour quelqu'un qui souhaite mieux utiliser les amplitudes qu'il possède déjà, et progressivement développer celles qui lui sont utiles.
Mais il ne remplace pas nécessairement un travail spécifique de mobilité lorsqu'un sport ou une activité exige une amplitude particulière.
Un danseur, par exemple, devra travailler spécifiquement les amplitudes nécessaires à sa discipline.
Un pratiquant de musculation pourra avoir besoin d'améliorer la mobilité de certaines articulations selon ses exercices.
Et une personne qui souhaite simplement rester à l'aise dans ses mouvements quotidiens n'aura pas nécessairement besoin de rechercher des amplitudes extrêmes.
Souplesse et mobilité sont liées, mais ce ne sont pas des synonymes.
La souplesse concerne notamment la capacité des tissus à permettre une amplitude.
La mobilité correspond davantage à notre capacité à utiliser activement cette amplitude avec force et contrôle.
Le Pilates peut contribuer à améliorer certaines amplitudes et qualités de mouvement, mais son intérêt ne réside pas uniquement dans le fait de devenir plus souple.
L'objectif est surtout de développer un corps capable de bouger avec suffisamment d'amplitude, de force et de contrôle pour répondre aux exigences de la vie quotidienne et de l'activité pratiquée.
Être mobile, ce n'est pas forcément aller plus loin.
C'est être capable d'aller là où l'on a besoin d'aller — et de contrôler son mouvement.
(1) Byrnes K., Wu P.-J., Whillier S. (2018). Is Pilates an effective rehabilitation tool? A systematic review. Journal of Bodywork & Movement Therapies.
(2) Byrnes K. et al. (2016). Effectiveness of Pilates exercise: A quality evaluation and summary of systematic reviews based on randomized controlled trials. Complementary Therapies in Medicine.
(3) Lim E.C.W. et al. (2011). A systematic review of the effects of Pilates method of exercise in healthy people. Journal of Physical Therapy Science.
(4) Nunes J.P. et al. (2021). Strength Training versus Stretching for Improving Range of Motion: A Systematic Review and Meta-Analysis. Sports Medicine.
(5) Behm D.G. et al. (2023). Acute Effects of Various Stretching Techniques on Range of Motion: A Systematic Review with Meta-Analysis. Sports Medicine.
(6) Behm D.G. et al. (2023). Chronic effects of stretching on range of motion with consideration of potential moderating variables: A systematic review with meta-analysis. Journal of Sport and Health Science.